Barly Baruti, de son vrai nom Baruti Kandolo Lilela, né le 9 décembre 1959 à Stanleyville (actuelle Kisangani), est un artiste pluridisciplinaire : animateur culturel, auteur de bande dessinée et auteur-compositeur-interprète belgo–congolais (RDC).
Biographie
Alexis Livingstone — nom qu’il gardera jusqu’en 1973 lors de la zaïrianisation — naît à Kisangani en République démocratique du Congo dans une famille de peintres[1]. Il est le fils de David Livingstone[2]. Il grandit avec Jerry Spring, Tintin et Spirou[3]. À l’âge de 12 ans, il remporte un concours de dessin Spirou[4].

Bédéiste
À partir de 1980, il participe à des animations d’ateliers graphiques et des stages de BD en Afrique dans des centres culturels français et des centres de Wallonie-Bruxelles : Kisangani, Kinshasa (RDC), Bamako (Mali), Dakar (Sénégal), Alger (Algérie), N’Djamena (Tchad), Niamey (Niger), Libreville (Gabon), Djibouti (Djibouti), Douala (Cameroun), Tananarive (Madagascar) et à l’École internationale de Bordeaux (France)[5].
Dans la rubrique dans L’École de la BD du journal Spirou no 2286 du 4 février 1982, la planche soumise par Baruti est analysée par Jarry[6]. La même année, il dessine Le Temps d’agir ! sur un scénario du biologiste Marc Colyn, une publication promotionnelle du Département de l’information et des relations publiques du Conseil général de la coopération au développement[7]. L’album est également publié en néerlandais sous le titre Tijd om te handelen!…[8]. Ce sera le premier d’une série d’albums sur l’écologie[9]. L’année suivante, il crée dans la revue Calao le duo Mohuta et Mapeka, qui fera l’objet d’un album humoristique : La Voiture, c’est l’aventure, publié par Afrique éditions en 1987[9]. Ensuite, il s’installe à Kinshasa[7].
Il collabore de 1985 à 1992 avec la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC)[5]. Barly Baruty s’exile en Belgique en 1992 et collabore à la publication collective : Un dîner à Kinshasa pour laquelle il réalise la couverture et dont les planches seront exposées au Centre belge de la bande dessinée[10],[11]. En 1986, il est décorateur du film de Dieudonné Ngangura et Benoît Lamy La Vie est belle. L’année suivante, il en fait une bande dessinée et réalise Papa Wemba – Viva la musica!, publié par Afrique Éditions[12],[13].

Il lance à Kinshasa en 1990 Afro BD, une revue de BD dont il sera le rédacteur en chef[14]. Il est nommé président du premier salon africain de la bande dessinée et de la lecture à Kinshasa en 1991[15]. Il est responsable en 2001 de BéDAfrika, un projet de réseau africain de la BD, dans le cadre de Proculture, un programme de l’Union européenne pour la culture en Afrique centrale.
Il contribue à la revue Jeunes pour jeunes[16]. Bénéficiant d’un stage financé par la coopération belge, Barly Baruti se fait remarquer par Bob de Moor, qui le forme dans les studios Hergé[16]. Il réalise seul Les Aventures de Sako et Yannick : Objectif Terre ! en commission du centre culturel de Kinshasa en 1994[17]. Il signe de nombreuses illustrations dans des journaux et revues franco-belges comme Le Soir, Autrement, Belgian Economic Journal, Nyota Ya Africa, Tam Tam et Zaïre Magazine[14]. C’est à Dakar qu’il fait la rencontre du scénariste Frank Giroud[18]. Ensemble, ils créent la série Eva K. qui compte 3 tomes publiés aux éditions Soleil (1995-1998)[17]. Il change son dessin semi-réaliste de style ligne claire pour un dessin plus réaliste[17]. Le même duo poursuit sa collaboration avec le thriller Mandrill publié dans la collection « Bulle Noire » des éditions Glénat. Sept albums paraissent de 1998 à 2007[17]. Il dessine le roman graphique d’aventure Madame Livingstone sur un scénario de Christophe Cassiau-Haurie d’après une idée d’Appollo, publié aux mêmes éditions en 2014. Le récit met en scène Gaston Mercier pilote militaire d’hydravion pendant la Première Guerre mondiale dont l’action se déroule à Albertville sur les rives du lac Tanganyika[19]. La mise en couleur est en couleur directe. Pour Marc Denis de la RTBF : « Baruti assure un dessin de grande qualité, tout particulièrement dans les décors et les ambiances de jungle. Les couleurs à l’aquarelle font de certaines planches de véritables tableaux[20]. »
En 2016, il dessine le thriller Chaos debout à Kinshasa écrit par Thierry Bellefroid pour les éditions Glénat[21]. Le one shot revient sur le combat de boxe nommé The Rumble in the Jungle entre Mohamed Ali et George Foreman, à Kinshasa[22]. Le journaliste Jean-Laurent Truc écrit : « […] un dessin très efficace de Barly Baruti qui retranscrit parfaitement l’ambiance zaïroise tendue comme un arc de l’époque Mobutu[23]. »
En 2017, il est président du Réseau africain de la bande dessinée[18]. La même année, hommage lui est rendu lors 7e Forum international de la bande dessinée de Tétouan[24], pour lequel il réalisera l’affiche l’année suivante[25].
En 2018, il coécrit avec Christophe Cassiau-Haurie et dessine le roman graphique : Le Singe jaune, publié toujours éditions grenobloises[26]. Cet ouvrage rend hommage à la grande reporter Colette Braeckman, et traite les tabous du métissage[27] avec le problème des enfants mulâtres[28]. C’est le coup de cœur BD du chroniqueur Jacques de Pierpont de la RTBF[29].
En avril 2020, le célèbre quotidien belge Le Soir invite 27 auteurs belges de bande dessinée à s’exprimer librement sur le thème de la résistance positive au confinement dont François Deflandre, Laurent Durieux, François Schuiten, Jannin et Liberski, Bernard Yslaire, Dany, Philippe Francq, Johan De Moor, Janry, Éric Lambé, Olivier Grenson, Marianne Duvivier, Serge Dehaes, Michel Kichka, André Taymans, Didier Alcante, Mathieu Burniat, Jacques Louis, Thierry Van Hasselt et Barly Baruti[30],[31].
En 2025, la présentation de cinq livres en hommage à Barly Baruti est organisée notamment par l’écrivain Christian Gombo Tomokwabini[32].
Animateur culturel
Baruti, coordinateur principal du centre culturel New Espace (à Suivre) à Kinshasa, s’est vainement opposé à la menace de fermeture qui pesait sur son établissement fin 2008[14]. Celui-ci a finalement été détruit l’année suivante, en 2009[14]. Il est mandaté, depuis 2023, facilitateur des relations culturelles en Europe pour une durée indéterminée par la ministre Catherine Katungu Furaha[33]. Il déclare à cette occasion : « C’est toujours un plaisir et une raison de fierté d’être sollicité pour ce genre de mission. En même temps, je suis conscient de la lourde charge qui pèse déjà sur mes épaules dès à présent et je suis préparé depuis longtemps à y faire face[33]. » Lors de l’exposition Kubuni tenue au BibloRed (es), réseau des bibliothèques publiques de Bogota, il anime une master class et un atelier intitulés Dessiner l’Afrique en septembre 2023[34]. Il y partage son expérience et sa vision sur l’importance de la culture afro-descendante dans le monde[35].

Il met son expérience au service de la jeune génération[36]. À travers l’association Atelier de création, de recherche et de l’initiation à l’art (ACRIA), créée avec des proches, il organise des formations pour faire de Kinshasa le carrefour des bédéistes africains et européens[36].
En 2026, il organise l’opération Tanga BD visant à utiliser la bande dessinée comme outil de cohésion sociale, avec l’appui de la Ville de Kinshasa, de la Police nationale congolaise et du Centre sportif de judo[37],[38].
Musicien
Barly Baruti fonde le trio Baruti Trio en 1994 avec Sylvie Nawasadio (ex Zap Mama) et Coco Malabar[39]. Il propose un cocktail rumba congolaise/folk épicé de jazz, de bossa et de reggae[39]. Le CD Ndugu Yangu sort en 1996[39]. Fan de Georges Brassens, il est également auteur-compositeur ayant sorti une demi-douzaine d’albums[4]. Il est l’initiateur en 2001 du festival L’autre musique, afin de proposer une autre musique que la rumba congolaise[4].
Vie privée
En 2014, il réside en Belgique[40].
Analyse
Selon le critique d’art Kayombo Muana Mulopwe : « Dans le silence feutré des pages dessinées, une voix se lève depuis des décennies : celle de Barly Baruti, pionnier et figure emblématique de la bande dessinée africaine. Son art est plus qu’un style graphique : c’est un engagement, une mémoire visuelle, une parole dessinée de l’Afrique profonde[41]. », qui poursuit : « Un trait d’Afrique, un regard du monde, le style de Baruti mêle la rigueur européenne et le souffle africain. Son dessin est vivant, nerveux, imprégné d’une sensibilité rare pour capter les émotions, les luttes et les espoirs. À travers ses personnages, il donne voix aux oubliés, visage aux anonymes, corps à nos histoires fragmentées[41]. »